Mieux vaut tard que jamais :

 

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il n’aura fallu qu’une grosse dizaine d’années après la mort de Guido Crepax (1933-2003) pour voir enfin paraître une édition raisonnée de Valentina, dont les albums, dispersés dans le temps et chez différents éditeurs, n’ont jamais permis aux lecteurs français de se faire une idée tout à fait juste. Personnage emblématique des années 60-70, Valentina fut aux fumetti italiens ce que Barbarella fut à la bande dessinée française : un fantasme et un symbole. Le symbole du passage à l’âge adulte d’une BD alors presque exclusivement réservée aux enfants ; le fantasme éminemment masculin d’une femme belle et libre, ouverte à toutes les aventures (de façon significative, Crepax lui prête les traits de Louise Brooks, la Lulu de Pabst). Valentina commence pourtant sa carrière comme personnage secondaire dans une autre série de l’auteur (Neutron – super-héros et critique d’art !), dont elle s’émancipe néanmoins rapidement pour vivre ses propres histoires. Des histoires toujours paradoxales, où le réalisme le plus ancré dans la réalité contemporaine voisine avec un onirisme volontiers teinté de psychanalyse ; où, sans renier son amour d’une BD authentiquement populaire, l’auteur bouleverse les sages mises en page du comic strip et les réinvente dans une narration fragmentée, éclatée, à l’image de ce qui se joue alors dans le Nouveau roman ou le cinéma d’un Jean-Luc Godard ; dont le fréquent érotisme s’enveloppe d’innombrables références culturelles, politiques et personnelles, qu’explicite ici un assez rare appareil de notes (dues à l’épouse et au fils de Crepax). Un peu étrangement organisée de façon thématique plutôt que chronologique (le premier tome présente des récits à caractère biographique, le second certaines aventures extraconjugales de Valentina) et même si l’on ignore encore le nombre de volumes à venir, cette nouvelle édition, manifestement destinée à faire date, restera l’une des rares bonnes nouvelles de l’année 2015.

Yann Fastier