Né en 1968 à Bordeaux, Christophe Dabitch est écrivain et scénariste de bande dessinée.

 3 questions à… Christophe Dabitch

 

Né en 1968 à Bordeaux, Christophe Dabitch est écrivain et scénariste de bande dessinée. Son dernier album paru, Roi des Mapuche (Futuropolis – 2 volumes) rappelle la tragique et dérisoire odyssée de l’avoué périgourdin Antoine de Tounens qui, sous le Second Empire, se voulut Roi d’Araucanie et de Patagonie.

 

Qu’est-ce qu’être scénariste de bande dessinée en 2021 ?

 

Pour ce qui me concerne, c’est poursuivre des collaborations avec des dessinateurs ou des dessinatrices dont j’aime le travail, partager un livre avec quelqu’un en essayant d’imaginer à chaque fois une forme propre à ce que l’on a envie de raconter. J’écris parfois des livres seuls et la bande dessinée, qui est une façon de mêler la littérature et les arts graphiques, me permet d’explorer certaines voies en compagnie d’un autre auteur. Je ne suis pas directif dans mon travail d'écriture de scénario, je parie sur la confiance et la liberté du dessinateur pour incarner au mieux ce que j’ai en tête. J’écris des scénarios depuis 15 ans et j’espère de mon côté être de plus en plus libre dans ma manière de le faire. Si je réfléchis à votre question en lien avec une année, 2021, la difficulté est de pouvoir rester en librairie dans le flot des sorties de livres, d’avoir la chance que des lecteurs puissent remarquer un récit et finalement d’être lu. Je me dis souvent qu’il n’y a pas d’autre solution que de creuser un sillon personnel tant qu’on a la confiance d’un éditeur et de lecteurs.

 

Jeronimus Cornelisz, Voulet et Chanoine, Albert Dadas, Eugénie Guillou… et maintenant Antoine de Tounens : puisés dans l’Histoire, vos personnages ont souvent des personnalités extrêmes ou à tout le moins paradoxales. Les raisons de cette fascination ? 

 

On prend souvent conscience des choses a posteriori et on comprend certains liens dont l’attrait pour l’Histoire, le colonialisme, le voyage, la marche, le 19ème siècle auquel j’ai le sentiment que tant de de choses nous relient. Et donc ces personnages étranges d’un certain point de vue mais qui incarnent des tendances profondes de leur époque sans en avoir toujours conscience, un peu comme nous aujourd’hui sans doute. J’ai écrit des récits contemporains comme Mauvais garçons avec Benjamin Flao dans le milieu du flamenco, Lagunes avec Piero Macola qui se déroule à Venise dans un futur proche et sortira bientôt, d’autres histoires à venir mais je dois bien reconnaître que je suis régulièrement happé par un de ces personnages historiques, encore une fois sans toujours savoir pourquoi, du moins au début. Je pense avoir besoin d’un support historique ou documentaire pour tourner autour et imaginer de cette manière à partir de mes questions et d’autres éléments personnels. Je suis assez sensible au fait de donner une voix à certaines personnes. C’est un cliché mais je je me dis souvent que je n’aurais jamais pu imaginer telle ou telle histoire qui a existé dans la réalité. Cela dit, je suis à un moment où le désir d’écrire sans une réelle documentation est là, on verra si je me fais encore rattraper par l’une de ces figures bizarres et marginales de l’Histoire.

 

Un souvenir – bon ou mauvais – lié aux bibliothèques ? 

 

J’interviens régulièrement en bibliothèque, c’est souvent un plaisir de rencontre et de discussion, sans la partie dédicace de la librairie. Je suis toujours étonné que des lecteurs viennent, qu’ils soient curieux d’un livre, d’une écriture, d’une manière de travailler, cela me fait bêtement plaisir. Je sais aussi que c’est un lieu moins conditionné par le commerce et le manque de place des libraires qui croulent sous les arrivées de livres. Le livre est là, quelque part, dans des bibliothèques, prêt à être emprunté, cela amène de la durée qui est malgré tout l’une des raisons pour lesquelles on écrit. Cela permet aussi parfois de découvrir des villes ou des régions, j’essaie toujours de rester un peu plus pour me balader. J’aime particulièrement les médiathèques qui offrent un verre après la rencontre, c’est toujours une bonne manière de conclure ces moments.

 

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