Il n’y a pas que Bob Dylan et Leonard Cohen dans la vie.

 

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De Phil Ochs à Tim Hardin et Townes Van Zandt, de Karen Dalton à Judee Sill, la longue route du folksong américain est jonchée de perdants magnifiques et de guitares brisées. Jackson C. Frank fut au nombre de ces maudits. Déjà, petit, ça partait mal : à l’âge de onze ans, l’explosion d’une chaudière fait quinze morts parmi ses camarades de classe et le laisse durablement traumatisé, le visage brûlé au point de nécessiter une greffe de peau. C’est au cours de sa longue convalescence qu’il apprend à jouer de la guitare, sans but encore bien précis. Une rencontre fortuite avec Elvis Presley le détermine à s’essayer à composer ses propres chansons. Il est encore tôt dans les années 60. A New York, Dylan et les autres font leurs premiers pas. Le chemin est long et difficile. Pour Jackson, il passe par l’Angleterre, où il claque le fric de l’assurance et rode ses premières chansons dans les clubs de Londres. Repéré par Paul Simon, il finit par enregistrer ce qui restera son unique album, dont bon nombre de titres resteront des classiques, repris par Simon & Garfunkel, Nick Drake, Sandy Denny ou encore Bert Jansch. Tourmenté et introverti, il ne parvient pas à transformer l’essai, rentre aux Etats-Unis, végète, picole et perd un œil. Parvenu au fin fond du trou, il reverra pourtant brièvement la lumière, quelques années avant sa mort, après qu’un fan l’ait reconnu et sorti de la rue.

Thomas Giraud sait choisir ses thèmes. Après avoir évoqué le jeune Elisée Reclus (Elisée, avant les ruisseaux et les montagnes, La contre allée, 2016), il se livre ici à un nouvel exercice de biographie mentale et se glisse avec tant d’empathie dans la peau martyrisée de son personnage que l’on friserait presque la tentative d’impersonation. Cela suffit-il pour faire un bon roman ? Peut-être pas. Mais une bonne chanson, assurément.

Yann Fastier