Georges Berchanko : 45 ans,

 

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Après avoir « tenté une formation pour se remettre à niveau, où, face aux écrans, il se fit l’effet d’un gnou auquel on présente les tables de la loi », il est engagé chez Vadim intérim.

Pandora Guaperal a 43 ans. Suite à des études de commerce « pour ne pas engorger les filières de prestige », elle a fini par quitter le service contentieux où elle passait ses jours « à harceler quotidiennement et sans pitié les mauvais payeurs pour leur faire cracher l’argent qu’ils devaient, grevé de majorations astronomiques ». « Ouvrier non qualifié qui ne discuterait même pas des heures supplémentaires et accepterait de bosser dans des conditions si inhumaines que même un Syrien arrivé par la mer pendant la nuit n’en voudrait pas », elle est engagée chez Vadim intérim.

Pandora et Georges, bien que sexuellement compatibles n’ont, a priori, rien en commun. Hormis une immense colère, une furieuse envie de tout faire péter, après s’est fait entuber une fois de plus par un patron véreux.

Ils sont deux, ils ont un flingue. Un bon début pour lancer la révolution. Et quoi de mieux que bloquer l’autoroute des vacances, un samedi 1er août, en jouant sur la corde la plus sensible : « la frustration », parce que « tout le monde veut tout, tout de suite. Et le tout, c’est tellement rien que quand tu l’enlèves, les gens deviennent dingues. » Voilà comment Pandora se retrouve sur le viaduc de Saint-Maxence, menaçant de se faire sauter la cervelle d’un coup de Glock 23, et lance son appel à la révolte : « On ne bougera pas tant que vous n’aurez pas décidé de faire la révolution. »

Les voitures s’accumulent, l’embouteillage s’accroit, les tensions s’enveniment. Les esprits captifs sont contraints d’écouter les revendications de la belle hystérique, discours musclé parfaitement légitime auquel tout le monde adhère, chacun plus que le voisin, mais tous ayant une meilleure raison que l’automobiliste coincé sous la canicule à ses côtés de devoir se tirer de là pour profiter de ses quelques jours de congés payés.

Lire Révolution entre les deux tours de la Présidentielle fut une expérience étrange. Jusqu’au résultat du premier tour, si le souffle révolutionnaire semblait prometteur d’orages ou de lendemains qui chantent (selon qu’on soit ou non adepte des ouragans qui, du passé, font table rase ou renversent les dites tables), force est de constater que le soufflé retombé, la faible bise du changement annoncé n’a ni décoiffé les permanentes ni même couché les champs de blé. Le peuple de gauche, à l’image des vacanciers « pris en otage » sur la voie rapide, s’entredéchire, s’insulte à qui mieux mieux sur les réseaux sociaux, fait entendre sa voix en gueulant plus fort que son ami facebook, trouve dans son compagnon d’hier son ennemi d’aujourd’hui, l’accusant des pires maux, faisant de ce « presque comme lui mais pas tout à fait » l’objet de sa vindicte. Plus facile de s’engueuler avec son camarade d’infortune que de s’allier contre le Grand Capital ou la Bête Immonde. Les défenseurs de l’ordre et les garants de la finance peuvent dormir tranquilles. Jusqu’à la prochaine.

Truffé de personnages truculents, servi par une langue fleurie qu’Audiard n’aurait pas renié, Révolution s’amuse des contradictions de l’homme moderne et, prenant le parti d’en rire, rappelle que les querelles intestines ont de quoi faire marrer. Une bonne raison de ne pas s’abstenir.

Marianne Peyronnet