Sous un titre et une couverture rappelant avec malice les célèbres aventures d’un reporter à houppette se cache une histoire vraie :

 

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celle du bras-de-fer judiciaire qui opposa, il y a quelques années, l’Etat espagnol à la société Odyssey, sommée de restituer les quelques 600 000 monnaies d’or et d’argent pillées dans l’épave d’un navire espagnol coulé au sud du Portugal en 1804. En tant que diplomate, Guillermo Corral, dont c’est là le premier scénario, a été le témoin direct d’événements qu’il se contente – si besoin était– de pimenter d’un poil de romanesque. Odyssey devient donc Ithaca mais n’en aura pas davantage de scrupules quand il s’agit de s’approprier des trésors au mépris de l’Histoire, de la Science et du Droit. En face, les gentils, représentés par Alex Ventura, jeune diplomate fraîchement nommé au Ministère de la Culture, sa collègue Elsa du Service du Patrimoine et l’avocat Jonas Gold, vieil ennemi d’Ithaca et, surtout, de son fondateur, jadis responsable de la mort de son frère. Rebondissements, coups bas, manœuvres politiques, les adversaires ne s’épargnent aucune chausse-trappe dans une affaire qui, rapidement, prend des allures de roman d’espionnage, où s’affrontent officines et services en un jeu plus que trouble. Pour Alex, même du haut de ses 27 ans, ce sera le passage à l’âge adulte, un baptême politique en même temps que l’amorce d’une histoire d’amour avec Elsa, de dix ans son aînée. Ce sera surtout une aventure passionnante et dangereuse, à l’image – gentiment distanciée – de celles du Commandant Cousteau, dont l’exotisme avait en quelque sorte décidé de son orientation professionnelle. Même au Ministère de la Culture, les requins ne sont jamais loin et c’est en adepte de l’homme au bonnet rouge qu’Alex vivra l’affaire du Cygne noir, comme une façon de revivre son enfance et de la terminer, non sans un brin de nostalgie. Nostalgie légère et que ne manquera pas de partager le lecteur, au terme d’une lecture sans temps morts, rendue plus fluide encore par le découpage habile et le dessin sans ambages de Paco Roca, dont on se souvient de La Nueve et, surtout, du multi-primé La tête en l’air.

Yann Fastier