Non, ce n’est pas une question : sous ce titre paradoxal, il s’agit vraiment d’apprendre à dessiner un roman

 

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ou, plutôt, à le visualiser sous la forme d’un petit diagramme, un simple croquis, celui-là même qui, dit-on, vaut mieux qu’un long discours. Au  passage, on en apprend bien d’autres, et de belles : sur les premières et dernières phrases, les personnages et leur naissance tourmentée, la troublante corrélation entre l’histoire du roman et la longueur des automobiles, les séries télés comme ultime refuge du romanesque et le Pedro Páramo de Juan Rulfo. Peut-être, à la réflexion, n’apprendrez-vous rien, pour peu que vous soyez déjà féru de théorie littéraire ou que vous ayez fait des études. Mais c’est sans importance : ces micro-essais ne se fixent pas d’autre but que de faire aimer le roman, genre paradoxal entre tous, qui règne sur les Lettres tout en se laissant traîner dans la boue par tout ce qu’elles comptent de puristes (à commencer par Breton et Valéry). Martín Solares n’est pas un puriste. Romancier lui-même (Les minutes noires, N’envoyez pas de fleurs), critique, éditeur, c’est d’abord et avant tout un enthousiaste. Et son enthousiasme est communicatif. Pénétré de « (…) l’intime conviction que les romans ont la faculté de penser », il incline à titiller la nôtre sans prétendre rien révolutionner. Ici, pas de définition pontifiante de l’objet romanesque ni de grande théorie racornie par les certitudes mais l’ébauche d’un copieux traité toujours remis à plus tard et qui, en attendant, goûte à tous les plats sans jamais cracher dans la soupe, avec une pure passion papillonne, un beau brin de malice et pas mal d’érudition. Au point que même la copieuse bibliographie qui, chez d’autres, nous ferait tristement mesurer notre inculture, prend ici des airs de joyeuse explosion de pollen. On n’aura jamais eu autant de plaisir à éternuer.                                                   

Yann Fastier