1974, Paris.

 

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Le 3 mai, les GARI (groupes d'action révolutionnaires internationalistes) revendiquent, depuis Barcelone, l’enlèvement du banquier Suarez et exigent la libération des prisonniers politiques détenus en Espagne par Franco. Ils sont arrêtés sur dénonciation. Cinq potes (4 garçons, une fille) ont découvert le mouchard. Il leur faut agir, s’inclure dans cette lutte juste, révolutionnaire. Ils filent le traître, le traquent dans les rues de la capitale, s’amusent à tirer des balles au-dessus de sa tête. Les balles sont réelles. L’une d’entre elles atteint un père de famille qui se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment. Le groupe s’égaye. Des années plus tard, un livre, sur le point de sortir, menace de révéler l’identité des assassins. Le narrateur, Arthur, membre du groupuscule, part à la recherche de ses anciens camarades, sur les traces de leur passé.

S’emparant d’un fait divers réel, Pécherot tisse, invente. De ses personnages et leurs trajectoires individuelles, c’est un passé que nous avons tous en commun qui refait surface. A partir de photos retrouvées, Arthur se rappelle la France des 70’s, et à l’aune de ses réflexions on mesure à quel point la France d’aujourd’hui a changé. La comparaison n’est pas appuyée. Pécherot n’a pas besoin de forcer le trait. De simples évocations, un cacolac, le nom d’un syndicat, suffisent à se rappeler cette France coupée en deux, deux blocs égaux en nombre ou presque, deux visions irréconciliables de l’existence. D’un côté, la droite, l’ennemie pour Arthur et ses comparses, menant à la dictature, comme en Espagne où Franco use du garrot pour exécuter ses adversaires. De l’autre, la gauche, l’avenir, l’utopie à portée de mains, où tout le monde sera libre et heureux, comme le chante Ferré. IVG, pilule, lutte contre le nucléaire, contre le capitalisme, contre les fachos, tous les combats sont à mener, la violence est revendiquée. Le monde est noir ou blanc, comme des photos anciennes. Dans la mémoire d’Arthur, la France des 70’s est en couleurs pourtant. Dans les vêtements, sur les voitures, les publicités, les téléphones, dans le rouge sang des morts pour rien aussi. Elle est tout sauf sépia, regrettée. La nostalgie n’est pas de mise, la culpabilité a pris le pas sur l’exaltation, la vieillesse a complexifié la donne. Arthur revisite son engagement, interroge l’intransigeance de ses idéaux passés, questionne la stupidité de l’endoctrinement et de l’immaturité.

Pécherot, dans ce texte court et dense, où les mots se cognent les uns contre les autres, invente des vies entières, image un passé plein de promesses simples impossibles à tenir. La langue est exceptionnelle, travaillée et fluide, elle sublime ce roman complexe, drôlement triste.

Marianne Peyronnet