Yaichi élève seule sa petite fille.

 

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Mais un jour son quotidien va être perturbé par l’arrivée du… mari de son frère jumeau, Ryô, récemment décédé au Canada. Si la petite Kana, ravie, adopte immédiatement cet aimable tonton en forme de gros nounours exotique, il n’en est pas de même de Yaichi qui doit d’abord surmonter ses propres préjugés. Au fil des jours, tandis que sa gêne initiale laisse place à un naturel dont il ne se serait pas cru capable, il se heurte à l’homophobie ordinaire d’une société beaucoup moins libérale qu’elle ne s’affiche… On l’aura deviné, on est bien loin du yaoi, ce sous-genre du manga « pour filles » qui voit de beaux éphèbes aux yeux immenses échanger grands sentiments et étreintes passionnées sur fonds de ciel étoilé. Gengoroh Tagame, lui, se veut plus terre à terre et son objectif  essentiellement pédagogique : montrer que les gays sont des gens comme les autres, ni plus ni moins, qu’il n’y a lieu ni de les craindre ni de les plaindre, mais simplement de les accepter tels qu’ils sont pour que tout aille pour le mieux dans le meilleur des monde entre gens civilisés. On ne lui contestera pas un art certain pour faire passer la pilule : ce qui, chez d’autres, avait toutes les chances de tourner au pensum militant, s’avère un véritable récit, attachant, plein de malice et de sensibilité, particulièrement bien servi par un dessin réaliste et sans exagérations rhétoriques, dans la veine « occidentaliste » popularisée par Jirô Taniguchi ou Naoki Urasawa. En choisissant de centrer l’histoire autour d’un personnage hétérosexuel en proie à ses propres doutes, Gengoroh Tagame joue la carte d’une tolérance et d’une empathie qui valent toutes les démonstrations et dont les agités de la Sainte Famille feraient bien de prendre un peu de graine avant de finir noyés dans leur propre bave.

Yann Fastier