Francis a la cinquantaine.

 

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Il est gros, moche. Ses dents et ses cheveux ne sont plus qu’un souvenir, envolés en même temps que sa jeunesse, du temps où il était Mr Frankie, rockeur sexy, chéri de ces dames, et qu’il brûlait sa vie. Francis a décroché de la dope. Avec quoi se paierait-il sa dose ? Mr Frankie a sniffé toute sa fortune. Francis est contraint de revenir vivre chez son père, dans un petit appart d’un quartier pourri de Barcelone, ce père qui l’a élevé à coups de ceinturon et qui fait les poubelles depuis la crise. Mr Frankie s’était juré de ne plus revenir. Mais voilà. On ne peut pas avoir été Johnny Thunders sans y laisser des plumes. Loin les concerts exaltés des années 80, les minettes pâmées, l’argent facile. Bonjour les années 2000 et leur cortège d’ex paumées, le fric qui refuse de rester en poche, les fils abandonnés, les pensions alimentaires impayées. Mr Frankie n’avait aucun scrupule. Francis se cherche des excuses. Aucun des deux n’est sympathique. Tout juste éprouve-t-on quelque pitié à l’encontre de ce double devenu vieux, pathétique, toujours incapable de faire les bons choix, ce fantôme désormais oublié. Zanon invente le roman non initiatique, où l’on n’apprend pas de ses erreurs, où la quête de la rédemption s’avère plus ardue que celle du Graal. La petitesse est reine. Elle fait mal. Elle pourrait bien être le reflet de la nôtre, parce qu’on est humains.

Marianne Peyronnet