Maurice Leblanc ne fut pas seulement le créateur d’Arsène Lupin.

 

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Avant de mettre ses pas dans ceux du plus célèbre des gentlemen-cambrioleurs, il suivit d’abord les traces de Flaubert et de Maupassant, ses compatriotes et ses maîtres en littérature, et commit après eux quelques romans salués par la critique à défaut d’être lus par beaucoup de monde. Publié en 1898, Voici des ailes est d’abord une ode à la bicyclette, sujet éminemment moderne dont Alfred Jarry, quelques années plus tard, fera également la toile de fond de son Surmâle. Et comme chez Jarry, il y est encore question de sexualité puisqu’on y voit deux couples d’amis, partis à vélo visiter la Normandie et la Bretagne, joyeusement s’échanger en cours de route – « naturellement » pourrait-on dire, tant la machine met de bonne grâce à servir de révélateur aux véritables aspirations de chacune et de chacun. Elle s’efface alors au profit de l’Amour dont la découverte enchante les protagonistes – Régine et Guillaume, Madeleine et Pascal – autant que les paysages et les curiosités d’un Cotentin perpétuellement ensoleillé. Et si la jalousie s’invite brièvement chez un de ces messieurs, ces dames, plus futées et ô combien plus libres, auront tôt fait d’y mettre bon ordre à l’aide de certains arguments dont les a pourvues la nature.

Roman court et d’une légèreté non seulement assumée mais passionnément revendiquée, Voici des ailes n’a pas de temps pour le drame : il vole d’un seul élan, se lit d’un coup de pédale et procure au lecteur le même genre d’euphorie qu’une descente en faux-plat. Car derrière l’hymne gentiment désuet à la petite reine, « nouvelle amie que le destin vient d’accorder à l’homme », « grande libératrice » qui « nous apprend à vivre dans le présent et à marcher vers l’avenir », se dessine au fond une utopie très contemporaine. Et l’on se prend à rêver de ce qu’eût pu être une France sans asphalte et sans bagnoles : une vaste et joyeuse bacchanale, assurément.

Yann Fastier