On a le Montana qu’on peut et la Mayenne, après tout, vaut bien le Yaak.

 

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En tout cas, Jean-Loup Trassard, depuis plus de quarante ans, en défend la campagne familière avec la même passion qu’un Rick Bass sa montagne à grizzlys. À preuve ce nouveau recueil, essentiellement composé d’articles de circonstances qui, tous, témoignent d’une même préoccupation pour un paysage aujourd’hui gravement menacé. Course au rendement, pollution de l’air, du sol et des eaux par les engrais chimiques et les pesticides, l’air est connu depuis les années 70 et reste d’affligeante actualité. Jean-Loup Trassard, quant à lui, fut l’un des premiers à dénoncer le saccage organisé du bocage, biotope irremplaçable et paysage bien plus que millénaire dont la lente formation, polie par l’usage, tissait des liens uniques entre le naturel et l’humain. Décidé sur le papier par des technocrates plus soucieux « d’aménagement du territoire » que de la simple intelligence des choses, le remembrement a largement détruit haies et chemins creux, changeant un environnement intégré de manière exceptionnelle en désert. Inlassablement répété d’article en article et loin de toute idylle champêtre, le constat est accablant : disparition des arbres (10 000 par commune remembrée !), appauvrissement irrémédiable de la flore et de la faune… Si Jean-Loup Trassard n’est pas tendre envers les paysans qui y prêtent la main, il ne les accable pas non plus, face au modèle économique qui, les forçant à surproduire, les pousse dans le cycle infernal de l’endettement, pour le seul profit des banques et des grossiums de l’agro-alimentaire.

On ne sortira certes pas de ce livre avec le moral en hausse mais, tout de même, avec la conviction que les passéistes ne sont pas ceux qu’on croit. Et l’on se replongera avec délices dans l’Histoire de la campagne française de Gaston Roupnel, ouvrage visionnaire auquel J.-L. Trassard rend incidemment un hommage aussi attendri que justifié.

Yann Fastier