Un auteur de romans policiers, dilettante en panne d’inspiration, en villégiature sur l’île de Ré, a l’idée du siècle.

 

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Plagier Pas de vacances pour les durs, d’un certain Paul Terreneuve, afin d’en faire le polar de l’été. Ce livre est remonté des limbes de son cerveau ; il faisait partie de la minuscule bibliothèque consacrée au genre qu’avait réunie son père. Il s’en souvient parfaitement, pas trop du texte lui-même, mais de sa couverture dessinée, ce bord de mer dont il était privé ; durant toute son adolescence, l’ouvrage a trôné dans un modeste meuble à vitrine que sa mère a forcément dû embarquer avec elle à la mort du paternel. Il lui suffira d’en réécrire quelques passages, et le tour sera joué. Commence alors la traque pour retrouver le fameux bouquin.

L’intrigue est bien mince, me direz-vous, pour tenir en haleine le lectorat exigeant de la Manufacture de livres. C’est sans compter le talent de Luc Chomarat qui livre ici un roman désopilant, dont l’intérêt réside, non pas dans la résolution d’une énigme dont tout le monde se fiche, mais dans tout le reste. C’est que le monsieur a des choses à dire, sur l’absurdité de notre joyeuse modernité, sur la famille et ses affres, sur la littérature et ses bons ou mauvais genres, et qu’il le dit de fort belle manière. A grands coups de dialogues sarcastiques, il nous fait le coup du narrateur désabusé, un rien cynique. A grand renfort de considérations désopilantes, il dézingue les apôtres du bon goût, les propriétaires de villas chicos et leur vision prout prout de l’existence, en se payant le luxe de n’épargner ni les gosses, ni les chats, ni les femmes. Sûr qu’on se place d’emblée de son côté, lui qui, très jeune, « prit la décision d’être Alain Delon », et dont « la vie ressemble maintenant à un film de Claude Sautet. »

Il y a chez Chomarat comme une légère pointe de mélancolie élégante, à la Jérôme Leroy, dans sa peinture du monde disparu de son enfance et l’on imagine parfaitement Jean-Pierre Bacri tenir le rôle de cet écrivain revenu de tout, avec ses reparties assassines et ses mines renfrognées, si Le polar de l’été était porté à l’écran.

Marianne Peyronnet