« Le punk est mort »  affirmait, dès 1978, le collectif Crass,

 

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qui ne faisait pas dans la dentelle pour s’insurger contre un mouvement originel n’étant plus que le reflet de lui-même à force de compromission. Vendus, récupérés, les Clash ou autres Siouxsie dont les albums caracolaient en tête des charts. Morts pour autant, les punks ? Non ! Revenant aux sources, des groupes fortement politisés font rapidement leur apparition. Refus de toute forme de domination, radicalité, DIY sont les mots d’ordre de la deuxième génération punk qui n’aura de cesse, jusqu’à nos jours, de se réinventer. Le courant anarcho-punk se développe dans les 80’s, en Angleterre d’abord avec Conflict en figure de proue, descendants légitimes de Crass, les premiers à avoir associé autosuffisance, écologie et insurrection. Les Américains leur emboitent le pas ; les Dead Kennedys ou MDC s’en prennent au système néolibéral qui broie le vivant, écrase l’homme et exploite la nature. La cause animale sera l’emblème universel de la résistance à l’oppression. Associations de défense des animaux (Animal Liberation Front, ou People for the Ethical Treatment of Animals), groupes hardcore (Black Flag, Suicidal Tendencies, DOA) ou membres de la scène punk antispéciste (NOFX) ne cesseront de tisser des liens. Le végétarisme allait de soi en GB dans les 80’s, le véganisme prend de l’ampleur aux USA dès les 90’s, éthiques couplées à une critique du capitalisme et de l’industrie agro-alimentaire. Industrie qui ne tarde pas à récupérer les fruits de ce mode de vie et à se faire du blé en proposant des produits véganes à grande échelle. Les véganarchistes et freeganistes (récup., exploration des poubelles) s’en offusquent, préconisant de se soustraire aux impératifs de la société marchande en consommant le moins possible. Autre menace, dont les punks se font également l’écho dès les années 80 : celle de l’aliénation par la technologie. Discharge en 82, et plus tard le courant crust punk US (Amebix, Antisect) dénonceront l’avènement de l’homme machine et ses conséquences sur la nature. De même, la société automobile avec sa pollution, sa dangerosité, les aménagements urbains qu’elle impose, froissaient déjà Buzzcocks en 78 (« Fast Cars »). En 1999, les Ecossais Oi Polloi (« No More Roads ») appellent à une action directe, au sabotage des infrastructures, comme le prônait l’organisation Earth First! Dans cette logique, le skate, le vélo ou les pieds deviennent furieusement punks… Ses différentes problématiques se synthétisent, entre le début des 80’s et les années 2000, dans un mouvement : les écopunks, dont beaucoup, conscients de la récupération dont leurs idées font l’objet, cherchent à réinscrire « les pratiques et attributs de la scène punk dans une réflexion et une action politiques plus globales ». Pour faire avancer la cause écologiste, la démarche individuelle de « renoncement à » ne suffit plus, il faut un nouveau projet politique, collectif, autour de trois idées fortes, consensuelles : la critique du néolibéralisme, l’action directe, l’autosuffisance. Encore faut-il s’entendre sur les modalités de l’action. Méthodes pacifistes s’opposent aux appels à la révolte généralisée, aux sabotages soutenus par un collectif tel Class War. Répression, arrestations, condamnations lourdes de nombreux « écoterroristes » seront dénoncées par divers groupes, dont Rise Against en 2014 pour ne citer qu’eux. Détruire ou construire ne sont d’ailleurs pas antinomiques. Depuis les 90’s, des communautés se constituent, loin des villes et partout dans le monde, qui expérimentent vie collective et autosuffisance, avec pour bande son, du punk !

Fabien Hein, sociologue, continue avec Ecopunk son exploration des diverses facettes d’un mouvement qui l’inspire pour ses recherches. Après Do it yourself ! : autodétermination et culture punk (2012) ou Ma petite entreprise punk : sociologie du système D (2011), il donne ici une lecture innovante d’une contre-culture toujours en quête de renouvellement. Clair, extrêmement documenté, soucieux de resituer les idées dans leur contexte historique, pointu mais abordable, Ecopunk est une somme, un pavé, une masse dans la gueule de ceux qui prétendent que le punk n’a plus rien à dire.

Marianne Peyronnet