Comme tout blockbuster qui se respecte, les grandes œuvres littéraires ont leurs produits dérivés.

 

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Etudes, exégèses, colloques et mélanges gravitent autour d’elles comme les lunes de Jupiter autour de leur géante gazeuse. Quelques-uns de ces satellites se révèlent parfois très hospitaliers, telle cette instructive et délicate correspondance de Marcel Proust avec Louis de Robert, réunie par ce dernier en 1925 et rééditée aujourd’hui par L’éveilleur. Pour l’heure, nous sommes en 1912, et Proust cherche un éditeur pour la Recherche. Il s’adresse à son ami, plus introduit que lui dans le milieu de l’édition, pour lui demander conseil. On connaît la suite, les refus successifs, jusqu’à la publication à compte d’auteur chez Grasset. Louis de Robert n’aura pourtant pas ménagé sa peine. Admirateur de la première heure du jeune Proust, celui des Plaisirs et des jours, il ne cessera par la suite de faire montre d’une véritable et très fine compréhension d’une œuvre dont peu de ses contemporains surent alors percevoir le caractère novateur. Ainsi conseilla-t-il à Proust de ne rien retrancher de son manuscrit, que d’aucuns trouvaient trop long ou bien le dissuada-t-il d’y ajouter tout un arsenal de notes théoriques, comme Proust en eut un moment l’intention. Tout le monde n’avait pas alors de ces intuitions, à l’exemple de l’éditeur Alfred Humblot qui, au nom de la maison Ollendorff, répondait par ces mots aux sollicitations de de Robert : « Cher ami, je suis peut-être bouché à l’émeri, mais je ne puis comprendre qu’un monsieur puisse employer trente pages à décrire comment il se tourne et se retourne dans son lit avant de trouver le sommeil. » De Robert, en revanche, n’aimait pas le titre Du côté de chez Swann. Proust s’obstina et il fit bien, sinon Dave aurait dû s’en aller faire un tour du côté des Colombes poignardées, des Jardins dans une tasse de thé ou bien du Septième ciel. A quoi tiennent les choses…  

Yann Fastier