New Jersey. 1987. Trois potes de quatorze ans, Billy, Alf et Clark, voient leur existence bouleversée en une seconde sismique.

 

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Rien ne les avait préparés au choc qu’ils subissent ce matin tranquille dans leur petite vie tranquille. Vanna White, la sublime présentatrice de La roue de la fortune, ce jeu télé que l’Amérique regarde religieusement chaque soir que Dieu bénit, Vanna White fait la Une de Playboy. Derrière son comptoir, l’unique kiosquier de la petite ville tranquille de Wetbridge, Mr Zelinsky veille. Derrière son dos, sur la plus haute étagère, Vanna fait de l’œil aux trois jouvenceaux. La couv est engageante. Les pages intérieures sont remplies d’une délicieuse promesse. Cette revue, il la leur faut. Ils ont l’argent pour l’acheter, mais pas l’âge. Après avoir exploré et testé toutes les solutions, une conclusion s’impose : se rapprocher de Mary, la fille de Zelinsky, férue d’informatique, comme Billy. C’est donc lui qui s’y colle.

Quel gracieux roman que celui-là ! Jason Rekulak explore en délicatesse cet âge de tous les possibles. Il ne force pas le trait, n’outre pas les relations entre ses personnages, qui sonnent juste. Les tourments qu’ils endurent sont à la fois immenses et éphémères, leurs conneries énormes et sans conséquence. L’amitié et l’amour semblent vouloir durer toujours. Rekulak prend le temps de creuser les caractères et les liens qui les unissent, sans manichéisme, finement, les rendant tous attachants et drôles, non sans rappeler Stand by Me, cette autre œuvre au regard tendre sur l’adolescence. Il prend le temps de dépeindre l’existence paisible de cette bourgade américaine éloignée de l’agitation des grandes mégalopoles. Pas de centres commerciaux en périphérie, pas de téléphones portables, d’internet. L’informatique en était à ses balbutiements et n’avait pas encore bouleversé les modes de vie. On allait au vidéoclub louer des films et on se donnait rendez-vous sous le grand arbre. Les années 80 prennent des allures de 50’s, tant cette époque paraît lointaine. Elles ne sont pas clinquantes, pas sépia non plus. La forteresse impossible n’est pas un roman passéiste, nostalgique d’une ère révolue. Ce n’était pas mieux avant, simplement différent. Et rien ne changera jamais les adolescents.

Marianne Peyronnet