Vous vous demandiez comment égayer votre réveillon solitaire ?

 

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Ne cherchez plus : long de presque quatre heures, ce nouveau film du toujours surprenant Wang Bing vous mènera bien après minuit tout en vous laissant largement le temps d’ouvrir le gaz. Spécialiste des marges de la société chinoise, le documentariste s’intéresse cette fois-ci aux patients d’un hôpital psychiatrique municipal d’une petite ville du Yunnan : 200 personnes, hommes et femmes, enfermés dans un établissement aux allures de prison, « soignés » à coups de calmants par des médecins garde-chiourme dans un désespérant désœuvrement qui les fait passer de la coursive à leur chambre et de leur chambre à la coursive pendant des mois et, le plus souvent, des années. Fidèle à son habitude, la caméra de Wang Bing sait se faire oublier, pour se contenter d’enregistrer les micro-événements de cette vie torpide : rares visites de la famille, fragments de conversation, repas, petits trafics de nourriture ou de cigarettes… Comme au hasard d’une dérive, elle s’attache à l’un ou l’autre, le suit un moment, le quitte, y revient parfois, sûre de toutes façons de le retrouver derrière les grilles. A l’opposé de tout voyeurisme, elle ne demande à personne de faire la démonstration spectaculaire de sa folie et ce qu’on pourrait prendre a priori pour l’enfer se mue plutôt en une sorte de morne purgatoire où l’ennui, plus que tout le reste, tient lieu de camisole de force à des « fous » qui n’ont qu’assez rarement l’air de l’être. De ces enfermés, on ne saura finalement pas grand-chose : quelques noms et la durée de leur internement. On devinera qu’ils sont pauvres, tous, et jamais là de leur plein gré. Alcooliques, toxicomanes, dépressifs chroniques, simples d’esprit ou bien fous criminels, tous sont, un jour ou l’autre, susceptibles de se retrouver à regarder dans le même vide indifférent, bloqués à vie dans ce véritable no man’s land spirituel, étonnant remake de l’Hôpital général de notre âge classique où, selon Michel Foucault, s’entassaient pêle-mêle mendiants et filles publiques, orphelins et malades mentaux. Il ne fait décidément pas bon péter un câble en Chine populaire, ni prier avec trop d’ostentation, ni signer trop de pétitions…

Yann Fastier