Perdre la majeure partie de ses collègues dans un attentat laisse forcément des traces qu’il est difficile, voire impossible, d’effacer.

 

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Ces traces, une partie des survivants de l’attentat de Charlie hebdo ont tenté de les atténuer au moyen d’un livre : Philippe Lançon avec Le Lambeau (Gallimard, 2018), Catherine Meurisse avec La légèreté (Dargaud, 2016), Patrick Pelloux avec L’instinct de vie (Le Cherche-midi, 2017)  ou, plus récemment, Riss avec Une minute quarante-neuf secondes (Actes sud, 2019). L’un des premiers, Luz avait déjà publié Catharsis chez Futuropolis, 2015, où il disait sa culpabilité et la difficulté à faire le deuil de ses amis, massacrés presque sous ses yeux tandis qu’arrivant en retard à la rédaction, il était précédé de peu par les assassins.  Avec Les indélébiles, il revient aujourd’hui à Charlie, non pour évoquer les morts mais pour les retrouver tous bien vivants, tels qu’il s’en souvient depuis le premier jour, alors que jeune dessinateur provincial monté à la capitale pour montrer son travail aux rédactions, il tombe par hasard sur Cabu, qui l’invite à La Grosse Bertha et le présente à toute l’équipe à l’origine de la renaissance de Charlie hebdo, disparu depuis 1982. Il sera donc de l’aventure, qu’il raconte ici sur un mode autobiographique bourré d’autodérision, au fil d’anecdotes essentiellement centrées sur les dessinateurs : Cabu, le mentor, lunaire et d’une gentillesse confondante, capable de dessiner dans sa poche ( !) lorsque la discrétion l’exigeait en reportage ; Charb, le copain, chambreur impitoyable et fraternel ; Gébé, le poète, d’une bienveillance désabusée envers la bande de jeunes auxquels Cavanna et quelques vieux de la vieille avaient au fond bien conscience de servir un peu de caution… Et puis, bien sûr, tous les autres : Tignous, Catherine, Luce, Val, pas encore sur le départ, Riss et ses coups de gueule… toute une galerie de personnalités dont on réalise soudain combien elles nous manquent, même si Charlie, parfois, nous agaçait, même si l’on était plutôt Canard, même si Charlie – au fait – existe encore pour nous rappeler une liberté de penser à laquelle tous les « indignés » de l’air du temps voudraient bien nous voir renoncer.

Yann Fastier